Deal Apple x Gemini : Google gagne plus qu'un contrat IA

Siri a 15 ans. Et franchement, ça se voit. Pendant que ChatGPT et Gemini impressionnaient le monde avec leurs capacités conversationnelles, l'assistant d'Apple est resté figé dans une logique de commandes scriptées. Mais en 2026, la donne change radicalement : Apple et Google viennent d'annoncer un partenariat stratégique qui propulse Gemini au cœur de l'écosystème iOS. Un tournant majeur qui soulève autant d'espoirs que de questions.

Blog
Actualités

Le grand écart d'Apple : pionnier devenu suiveur

Retour en 2011. Apple lance Siri avec l'iPhone 4S et invente littéralement l'assistant vocal grand public. La technologie s'appuyait sur des années de recherche académique (le projet CALO du SRI International) et promettait une révolution dans notre rapport aux smartphones.

Quinze ans plus tard, le constat est brutal : Siri n'a jamais réussi à prendre efficacement le virage des grands modèles de langage (LLM). Là où Gemini et ChatGPT excellent dans la compréhension contextuelle, la conversation naturelle et les tâches multi-étapes, Siri peine toujours avec des requêtes qui sortent des sentiers battus.

Cette stagnation n'est pas passée inaperçue. Face à la déferlante IA de 2023, Apple s'est retrouvé dans une position inhabituelle : celle du suiveur.

Apple Intelligence : la promesse d'un système, pas d'un gadget

La WWDC 2024 marque un tournant. Apple dévoile Apple Intelligence, une couche IA transversale intégrée à iOS, iPadOS et macOS. Au programme : amélioration de l'écriture, résumés automatiques, génération d'images, et surtout la promesse d'un Siri profondément transformé.

Mais voilà le hic : contrairement aux lancements Apple habituels où tout est parfaitement fini, Apple Intelligence arrive avec une roadmap progressive, des fonctionnalités en version bêta, et des briques encore manquantes. Un déploiement atypique qui a alimenté les critiques sur un possible écart entre le marketing et la réalité terrain.

Pourquoi ce retard ? La culture Apple face au dilemme de l'IA

Apple a explicitement reconnu le problème : leur première version de Siri dopé à l'IA ne respectait pas leurs standards de fiabilité. En démonstration contrôlée, tout fonctionnait. Mais dès qu'on sortait du script, l'instabilité apparaissait.

Cette exigence reflète l'ADN d'Apple : mieux vaut retarder un lancement que dégrader l'expérience utilisateur avec un assistant système sujet aux hallucinations. Quand votre produit est intégré au niveau système sur des milliards d'appareils, vous ne pouvez pas vous permettre qu'il "invente" des réponses.

C'est le paradoxe de l'IA générative : la vitesse d'innovation s'oppose frontalement à la culture qualité d'Apple.

L'architecture hybride : on-device d'abord, cloud ensuite

Pour concilier performance IA et respect de la vie privée, Apple mise sur une approche en deux temps :

Le traitement on-device : tout ce qui peut tourner directement sur l'appareil (iPhone, iPad, Mac) reste local. Avantages : latence minimale, pas de coût serveur, et confidentialité maximale puisque les données ne quittent jamais l'appareil.

Private Cloud Compute (PCC) : pour les requêtes complexes qui dépassent les capacités locales, Apple a conçu une infrastructure cloud propriétaire orientée privacy. L'objectif est de traiter les demandes avancées sans compromettre la confidentialité.

Apple insiste également sur un principe fondamental : les données personnelles et les interactions des utilisateurs ne servent pas à entraîner leurs modèles de fondation. Une ligne rouge qui les distingue de nombreux acteurs du secteur.

ChatGPT comme filet de sécurité (en attendant mieux)

Avant Gemini, Apple a intégré ChatGPT comme solution de secours pour les requêtes que Siri ne sait pas gérer. L'utilisateur garde systématiquement le contrôle : il est invité à confirmer l'envoi, notamment quand des photos ou fichiers sont concernés.

Côté OpenAI, les garanties sont claires : via cette intégration, OpenAI ne reçoit pas l'adresse IP de l'utilisateur, ne stocke pas les requêtes, et ne les exploite pas pour entraîner ses modèles.

Un arrangement temporaire qui montrait déjà la stratégie Apple : combler le retard en s'appuyant sur les meilleurs modèles externes tout en tentant de préserver son discours privacy.

2026 : Gemini devient la fondation d'Apple Intelligence

Début 2026, Apple et Google officialisent un accord pluriannuel majeur : Gemini devient la base des futurs Apple Foundation Models et doit alimenter les prochaines fonctionnalités d'Apple Intelligence. Le nouveau Siri, attendu plus tard dans l'année, s'appuiera sur cette technologie.

Apple maintient son discours : Apple Intelligence continue de fonctionner en priorité sur l'appareil et via Private Cloud Compute, avec les mêmes standards de confidentialité.

Mais ce partenariat va bien au-delà d'une simple licence technologique.

Le coup de maître de Google : contrôler toute la chaîne de valeur

C'est là que le deal devient stratégiquement fascinant pour Google. L'entreprise ne fournit pas "juste un modèle". Elle contrôle désormais une chaîne de valeur complète dans l'IA grand public :

  • Le modèle : Gemini et son écosystème de développement
  • Le compute : l'infrastructure cloud Google et ses TPU (accélérateurs maison)
  • La distribution : Android en propriété totale, et maintenant une porte d'entrée massive via Siri et iOS
  • Les interfaces d'accès : Chrome, Google Search, Workspace, et bientôt Siri

Résultat : même si Apple garde l'interface utilisateur, Google renforce sa position end-to-end dans l'IA. Une intégration verticale redoutable.

Google, un géant qui se "réveille" aussi en bourse

Au-delà de la bataille produit, ce partenariat reflète aussi un signal financier : Google (Alphabet) est en train de redevenir une machine très difficile à challenger.

Depuis 2023, le marché récompense nettement les acteurs capables de contrôler toute la chaîne IA : modèles, cloud, accélérateurs (TPU), distribution et interfaces. Gemini n'est donc pas seulement un "produit IA" : c'est un levier de croissance transversal qui peut impacter directement la valeur perçue de Google Cloud, l'attractivité d'Android, la monétisation de Search, et l'adoption de Workspace en entreprise.

Ce deal avec Apple peut être lu comme un accélérateur stratégique, mais aussi comme un message aux investisseurs : Google est en position de force sur la décennie IA.

L'interface prime sur le modèle : la vraie bataille se joue ailleurs

Voici l'angle le plus stratégique de ce partenariat : à long terme, la valeur pourrait se déplacer du modèle vers l'interface où vit l'utilisateur.

Apple peut "brancher" différents modèles (aujourd'hui Gemini, demain peut-être Claude ou un autre), mais tant qu'il contrôle l'interface (Siri, iOS, les apps système), il garde l'utilisateur dans son écosystème. L'objectif est transparent : éliminer une raison majeure de basculer vers Android.

Et cette raison est devenue très concrète ces derniers mois. Sur l'édition d'image, la différence entre iOS et Android saute aux yeux : les Pixel et Galaxy proposent des suppressions d'objets bluffantes, des retouches instantanées crédibles, des "magic eraser" qui impressionnent réellement l'utilisateur lambda. Pendant ce temps, Apple Intelligence peine à convaincre sur ces mêmes usages, avec des résultats moins spectaculaires et une intégration qui semble encore en beta perpétuelle.

C'est précisément ce genre de décalage visible qui pousse les utilisateurs à comparer, et parfois à basculer d'écosystème. En intégrant Gemini, Apple espère combler ce retard perceptible et retirer cet argument de vente à la concurrence Android.

C'est la même logique que des plateformes "hub IA" comme Mammouth AI ou Delos : elles permettent d'accéder à plusieurs modèles au même endroit, mais l'utilisateur reste captif de l'expérience et de l'interface. Autrement dit, les modèles deviennent progressivement interchangeables, et le vrai point de contrôle devient la couche d'accès (OS, assistant, app, navigateur).

Les cinq grandes questions qui restent ouvertes

Ce partenariat soulève autant d'interrogations qu'il n'apporte de réponses :

1. Quel niveau d'intégration réel ? Siri deviendra-t-il vraiment "agentique", capable d'actions multi-applications complexes ? Aura-t-il accès au "world knowledge" de Gemini pour répondre comme ChatGPT ? Ou restera-t-on sur une amélioration incrémentale ?

2. Quel rôle pour OpenAI ? ChatGPT restera-t-il un fallback ou sera-t-il progressivement marginalisé au profit de Gemini ? Apple jouera-t-il la carte de la diversité des modèles ou consolidera-t-il autour de Google ?

3. Privacy : où passe vraiment la frontière ? Qu'est-ce qui reste on-device ou sur Private Cloud Compute versus ce qui touche l'infrastructure Google ? Les garanties de confidentialité tiendront-elles face à une intégration profonde de Gemini ?

4. Apple "kingmaker" ou Apple "client" ? Ce partenariat rappelle le deal historique entre Apple et Google sur Safari (Google = moteur de recherche par défaut). Apple renforce-t-il Google ou Apple diversifie-t-il simplement ses fournisseurs pour ne pas dépendre d'un seul acteur ?

5. Risque antitrust et concentration Google est déjà dominant sur Android, Chrome et Search. Ajouter une position forte dans l'écosystème Apple pourrait attirer l'attention des régulateurs américains et européens. Le risque politique n'est pas négligeable.

Ce que ce partenariat révèle sur l'avenir de l'IA

Apple n'a pas abandonné l'IA. Apple a choisi une trajectoire différente.

L'entreprise a raté la première vague LLM en tant que leader sur les modèles de fondation. Elle tente maintenant une stratégie hybride : privacy-first + traitement on-device + Private Cloud Compute + partenariats stratégiques avec les meilleurs acteurs externes.

Le deal Gemini vise à livrer enfin un Siri moderne, à la hauteur des attentes 2026. Mais il ouvre un débat fondamental sur le futur de l'IA grand public : qui contrôle vraiment l'expérience utilisateur ? Apple garde l'interface. Google renforce la chaîne de valeur IA.

Dans cette partie d'échecs technologique, une certitude : l'utilisateur final restera au centre de la bataille. Et c'est son choix d'interface, plus que le modèle sous-jacent, qui déterminera le vainqueur à long terme.

Sommaire
Text Link
Décuplez la productivité en entreprise grâce à nos Formations IA
Nos formations IA
Rassurez vos collaborateurs et déployez une culture IA dans votre entreprise
Audit & consulting IA