L'IA va-t-elle tuer l'économie ? Ce que les dirigeants doivent vraiment retenir
Un scénario de crise mondiale provoquée par l'IA fait le tour des réseaux financiers. Entre panique et déni, où se situe la réalité pour les entreprises françaises ? Décryptage sans alarmisme mais sans naïveté.

L'IA va-t-elle tuer l'économie ? Ce que les dirigeants doivent vraiment retenir
Un document a récemment agité la sphère des investisseurs tech. Rédigé par Citrini en collaboration avec Alap Shah (LOTUS), il prend la forme d'un faux mémorandum financier daté de 2028 et décrit, étape par étape, comment l'intelligence artificielle pourrait déclencher une crise économique en cascade. Effondrement de la consommation, destruction d'emplois qualifiés, crise du crédit immobilier, impasse fiscale : le tableau est sombre.
Ce texte a le mérite de poser des questions que beaucoup préfèrent ignorer. Mais il a aussi les défauts de tout exercice prospectif poussé à l'extrême : il suppose que tout se passe en même temps, à pleine vitesse, sans que personne ne réagisse.
La réalité sera plus nuancée. Et c'est précisément cette nuance qui doit intéresser les dirigeants aujourd'hui.
Ce que dit le scénario de crise : en résumé
La thèse centrale est limpide. L'IA devient si performante et si peu coûteuse qu'elle remplace massivement les travailleurs intellectuels. Ces emplois bien rémunérés alimentaient la consommation. Leur disparition provoque une chute de la demande. Face à cette baisse, les entreprises licencient davantage et investissent encore plus dans l'IA pour protéger leurs marges. Le cercle vicieux s'enclenche.
Le scénario décrit ensuite plusieurs effets en cascade. Des agents IA qui gèrent directement les achats des consommateurs, supprimant au passage les marges des intermédiaires. Des défauts massifs dans le crédit privé. Un marché hypothécaire américain de 13 000 milliards de dollars fragilisé par les licenciements de cols blancs. Et un État incapable de financer les aides nécessaires, puisque son système fiscal repose sur l'imposition du travail humain pas sur celui des machines.

La conclusion de Citrini frappe fort : l'intelligence humaine est en train de perdre sa prime historique de rareté.
Pourquoi ce scénario ne se réalisera probablement pas tel quel
Poser les bonnes questions ne signifie pas avoir les bonnes réponses. Et plusieurs mécanismes, systématiquement sous-estimés dans ce type d'exercice, jouent en sens inverse.
- L'inertie est une force puissante. On annonce la mort du courtier immobilier depuis vingt ans. Zillow, Redfin, Opendoor : tous les outils pour rendre ce métier obsolète existent déjà. Pas besoin de superintelligence. Et pourtant, les agents immobiliers américains sont toujours là, rémunérés à 5-6 % de commission. L'inertie réglementaire, les habitudes de consommation, la résistance institutionnelle : tout cela freine considérablement la vitesse du changement. Le changement arrivera, mais il sera plus graduel que ne le suggère le scénario.
- La demande de logiciel est loin d'être saturée. Le scénario suppose que l'IA rend les produits SaaS obsolètes. En réalité, la quasi-totalité des logiciels que nous utilisons au quotidien reste médiocre. Truffée de bugs, mal adaptée au mobile, dépourvue de fonctionnalités essentielles. L'IA ne va pas tuer le logiciel, elle va permettre de créer des produits enfin à la hauteur. C'est le paradoxe de Jevons appliqué au numérique : quand un outil devient plus efficace, on ne l'utilise pas moins. On l'utilise davantage, pour des usages qu'on n'imaginait pas.
- Le monde physique reste un immense chantier. Infrastructure, réindustrialisation, transition énergétique, souveraineté sur les chaînes d'approvisionnement : les besoins en main-d'œuvre dans l'économie réelle sont considérables. Si l'IA déplace des emplois de bureau, une partie de cette force de travail peut être réorientée vers des projets concrets à condition que les politiques publiques accompagnent cette transition.
Ce qu'il faut retenir pour votre entreprise
Le vrai risque n'est pas l'apocalypse décrite par Citrini. Le vrai risque, c'est l'immobilisme.
Certaines tendances de fond sont déjà à l'œuvre et concernent directement les PME et ETI françaises.
- Les marges fondées sur l'opacité vont se réduire. Si votre modèle économique repose sur une asymétrie d'information entre vous et vos clients, vous facturez cher parce que le client ne sait pas qu'il pourrait faire autrement, l'IA va progressivement éroder cet avantage. Les agents IA comparent, optimisent, contournent. Les entreprises dont la valeur repose sur une vraie expertise, un vrai service ou un vrai produit s'en sortiront. Les autres, moins.
- Les compétences internes doivent évoluer. La question n'est pas de savoir si l'IA va remplacer vos équipes. C'est de savoir si vos équipes vont apprendre à travailler avec l'IA pour démultiplier leur impact. Un collaborateur augmenté par l'IA peut produire en une journée ce qui prenait une semaine. Encore faut-il l'y former.
- Le moment d'agir, c'est maintenant. Pas dans la panique, mais dans la méthode. Cartographier les processus automatisables. Former les équipes. Tester des outils. Mesurer les gains. Les entreprises qui intègrent l'IA progressivement aujourd'hui seront celles qui traverseront sereinement les transformations de demain quelle que soit leur ampleur.
Le mot de la fin
L'article de Citrini est un exercice intellectuel stimulant. Il décrit un monde où tout bascule en même temps, sans friction ni adaptation. Ce monde n'existera probablement jamais exactement sous cette forme.
Mais les signaux qu'il identifie sont réels. La pression sur les emplois intellectuels s'intensifie. Les modèles économiques fondés sur la friction et l'opacité sont menacés. Les systèmes fiscaux ne sont pas conçus pour un monde où les machines remplacent le travail humain.
La bonne posture n'est ni la panique ni le déni. C'est la préparation lucide et méthodique. Et elle commence par une question simple : dans votre entreprise, qu'est-ce qui change si vos concurrents adoptent massivement l'IA et pas vous ?
Cet article analyse un scénario prospectif publié par Citrini et Alap Shah (LOTUS). Il ne constitue pas un conseil en investissement.
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